Si vous employez ne serait-ce qu’un salarié, cet entretien vous concerne. La loi du 24 octobre 2025 en a changé le nom, le rythme et le contenu, et la bascule doit être faite au plus tard le 1er octobre 2026. Voici ce qui change, une trame utilisable telle quelle, et les réponses aux questions que les dirigeants de TPE posent le plus souvent.
Mise à jour : septembre 2026 · Lecture : 9 minutes · Pour les employeurs de TPE et PME
À retenir
L’entretien professionnel s’appelle désormais l’entretien de parcours professionnel. Ce n’est pas qu’un changement d’étiquette : la périodicité passe de deux à quatre ans, l’état des lieux récapitulatif de six à huit ans, et deux rendez-vous liés à l’âge s’ajoutent au calendrier. Le fondement reste l’article L6315-1 du code du travail, modifié par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025.
Les entreprises et les branches qui avaient négocié un accord sur l’ancien modèle ont jusqu’au 1er octobre 2026 pour basculer. Autant dire : maintenant.
L’intention du législateur se lit assez clairement dans le nouveau rythme. L’ancien entretien tous les deux ans était, dans beaucoup de petites structures, un rendez-vous formel qu’on expédiait en vingt minutes pour cocher une case. En espaçant les rendez-vous et en les ancrant sur des moments charnières — l’arrivée, la mi-carrière, l’approche de la fin de carrière —, le texte mise sur des entretiens moins nombreux mais réellement préparés.
À qui cela s'applique
Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, y compris celles d'un seul salarié. Tous les contrats : CDI, CDD, temps partiel, apprentissage. Ne sont pas concernés les intérimaires, les salariés mis à disposition et les sous-traitants, qui relèvent de leur propre employeur.
Un point d’attention pour les petites structures : quatre ans, c’est long. Le risque n’est plus d’oublier un entretien sur deux, c’est d’oublier le seul qu’il y avait à tenir. Mettez un rappel dans votre agenda le jour où vous embauchez, et un second à l’échéance suivante dans la foulée de chaque entretien.
Concrètement, dans une entreprise de huit personnes dont les embauches se sont étalées sur dix ans, cela représente environ deux entretiens par an. C’est tenable. Ce qui ne l’est pas, c’est de découvrir en une seule fois qu’on en doit six.
Un point mérite d’être répété parce qu’il est la source de la plupart des erreurs : ce n’est pas un entretien d’évaluation. On n’y parle ni d’objectifs atteints, ni de prime, ni de performance. On y parle du parcours du salarié et de ce qui vient ensuite.
Le compte rendu est écrit et une copie est remise au salarié. C’est aussi votre seule preuve en cas de litige.
La mention du conseil en évolution professionnelle fait souvent tiquer les dirigeants : pourquoi informer un salarié d’un dispositif qui pourrait l’aider à partir ? Parce que c’est la loi, d’abord. Et parce que l’expérience montre l’inverse de ce qu’on redoute : un salarié qui peut parler ouvertement de son projet reste plus longtemps qu’un salarié qui le prépare en silence. Le départ ne se déclenche pas dans l’entretien ; il s’y annonce, ce qui vous laisse le temps d’organiser une transmission.
Tous les huit ans, l’entretien prend une forme renforcée : il faut vérifier, document à l’appui, que le salarié a bien, sur la période, suivi au moins une action de formation, acquis des éléments de certification, et bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.
Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, l’absence d’entretiens conjuguée à l’absence de formation ouvre droit à un abondement correctif de 3 000 € sur le compte personnel de formation du salarié concerné, au titre de l’article L6323-13 du code du travail.
En dessous de cinquante salariés, cet abondement automatique ne s’applique pas — ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de risque. L’obligation d’assurer l’adaptation des salariés à leur poste existe indépendamment, et son manquement se règle devant le conseil de prud’hommes, en dommages et intérêts. Dans une TPE, le contentieux est souvent plus coûteux que la formation qu’on n’a pas financée.
Ce point mérite d’être anticipé plutôt que subi. Huit ans, c’est le temps qu’il faut pour qu’un poste change complètement de contenu : un comptable qui saisissait des écritures il y a huit ans supervise aujourd’hui des flux automatisés ; une assistante commerciale qui tapait des devis pilote désormais un outil de gestion de la relation client. Si aucune formation n’a accompagné ces glissements, l’état des lieux le mettra noir sur blanc.
Prévoyez une heure, dans un endroit où l’on ne sera pas dérangé, et envoyez la trame au salarié une semaine avant. Un entretien préparé des deux côtés dure moins longtemps et sert à quelque chose.
Un entretien qui ne débouche sur aucune action datée est un entretien qu’on refera à l’identique dans quatre ans.
Sur la conduite de l’échange, une seule règle vaut la peine d’être retenue : celui qui parle le plus doit être le salarié. Si vous sortez de l’heure avec le sentiment d’avoir beaucoup expliqué, l’entretien a échoué. Les questions ouvertes de la trame ne servent qu’à cela — installer un silence que l’autre remplit.
Dans une entreprise de moins de cinquante personnes, la traçabilité tient dans un dossier et un tableau.
Cette dernière ligne a son importance. Un salarié peut refuser de se rendre à l’entretien ; l’employeur, lui, ne peut pas se dispenser de le proposer. La trace de la proposition vous protège ; son absence vous expose.
Le mélanger avec l’entretien annuel. Les deux peuvent se tenir le même jour, mais ils doivent être distincts, avec deux comptes rendus. Sinon, la conversation dérive vers la performance et le parcours passe à la trappe. Si vous manquez de temps, tenez-les à quinze jours d’intervalle : le changement de cadre fait plus pour la qualité de l’échange que n’importe quelle trame.
Ne rien écrire. Un entretien non formalisé n’a pas eu lieu. La charge de la preuve pèse sur l’employeur, et une conversation dans un couloir, aussi sincère soit-elle, ne se prouve pas.
Promettre une formation sans en vérifier le financement. Renseignez-vous auprès de votre opérateur de compétences avant l’entretien, pas après. Les délais d’instruction et les enveloppes varient d’une branche à l’autre, et rien n’abîme davantage la confiance qu’un engagement pris en janvier et repoussé en octobre. Voir les circuits de financement et les délais observés
Les entretiens n’ont d’intérêt que s’ils alimentent quelque chose. Dans les faits, ils constituent la meilleure matière première d’un plan de développement des compétences : ils remontent les besoins réels, poste par poste, exprimés par ceux qui font le travail.
La méthode qui fonctionne est simple : tenez vos entretiens sur le dernier trimestre, dépouillez-les en janvier, croisez-les avec les projets de l’entreprise pour l’année, et arbitrez trois priorités. La méthode complète en six étapes
C’est aussi le moment de regarder ce que l’évolution technologique impose : l’arrivée d’outils d’intelligence artificielle dans les tâches quotidiennes relève de l’obligation d’adaptation au poste, et fait désormais l’objet d’une obligation européenne distincte. Ce qu’impose l’article 4 du règlement européen
Oui. L'obligation ne dépend pas de l'effectif : elle s'applique dès le premier salarié, quel que soit son contrat.
Rien ne l'interdit. Veillez simplement aux conditions : une heure sans interruption, une connexion correcte, et le même compte rendu écrit et signé qu'en présentiel. Pour un premier entretien avec un salarié récent, le présentiel reste préférable.
Il peut ne pas s'y rendre. L'employeur, lui, doit le proposer et pouvoir le prouver. Conservez la convocation écrite et notez le refus : votre obligation est une obligation de proposition, pas de résultat.
Le retard ne s'efface pas, mais il se rattrape. Tenez les entretiens dus, datez-les honnêtement plutôt que de les antidater — une antidate se retourne contre vous —, et engagez au moins une action de formation par salarié concerné avant le prochain état des lieux.
L'employeur ou une personne qu'il désigne, à condition qu'elle connaisse le travail du salarié et dispose d'une marge de décision. Déléguer à quelqu'un qui ne peut rien engager produit un entretien sans suite.
Non, aucun formulaire n'est imposé. Ce qui compte est la trace écrite des thèmes abordés, des souhaits exprimés et des actions décidées, remise au salarié.
Nous accompagnons les TPE et PME d’Occitanie sur la montée en compétences numériques : cartographie des besoins, choix des formations, montage du financement. Le premier échange de trente minutes ne coûte rien.
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